Les mots sont faits de lettres, pour autant posséder quelque mots ne signifie point avoir des lettres.

Les lettres sont de fidèles serviteurs, elles se suivent et s’enchainent, elles créent le sens, donnent la vie aux mots.

Les mots sont fourbes, les mots sont traitres, ils accaparent le sens que leur ont donné les lettres pour le changer, le détourner, le rendre confus, improbable. Les mots sont des moutons qui gambadent dans le pré clôturé de l’esprit (Dieu que c’est con mais que ça m’amuse, traitres de mots qui me rendent cabot), sans chien pour les garder, les mots sont en désordre…

J’aime les mots car ils sont joueurs, j’aime les mots pour leur jeunesse, leur espièglerie, leur fantaisie.

Je déteste les mots pour leur désobéissance, leur faculté à s’extraire du langage, à s’exprimer de leur propre volonté, à quitter la pensée pour filer dans le monde. Les mots s’échappent, les mots s’évadent, prisonniers de l’esprit ils s’enfuient vivre leur vie, les mots sont à présent adultes…

J’aime les lettres, laborieuses, disciplinées, elles assument leur rôle. Fidèles ouvrières, les lettres sont fourmis, seules elles ne sont rien, ensembles elles sont tout.

Les lettres sacrifient leur existence pour la donner aux mots, qui la gaspille sans vergogne. Les mots qui doublent les ailes pour apprendre à voler, qui doublent les thés comme l’on fait dinette, qui doublent les meuh pour nous voir venir chèvre, qui doublent les pets pour nous indisposer.

Non vraiment, mots je vous haïs de ne point vous avoir !

Mais, mots, vous y perdez, les lettres sont vengées, car un écrit un mot quand on reçoit des lettres.