Vous qui passez sans me voir, non, vous qui passez en me voyant, vous qui passez en me scrutant, vous qui êtes interpellée par ces lignes, par ces mots, qui êtes-vous ?

Etes-vous une image un peu floue, un peu piquée, celle que renvoie un miroir trop usé d’avoir été tant regardé ? Un peu piquée de cette douce folie qui anime tout être en recherche, en questionnement, en création peut-être ? Un peu piquée au vif par des gens, des propos qui vous ont blessée, écorchée ?

Qui êtes-vous au fond de vous, le savez-vous, croyez-vous le savoir ?

Avez-vous une « identité », cette si belle identité que l’on revendique haut et fort comme gage d’individualité, d’unicité ?

Etes-vous quelqu’un, quelque chose, ou simplement un souffle, une âme qui se perd, trop tenue pour prendre forme, trop lointaine pour exister ?

Voyez-vous en ces mots un reflet de vous-même, y voyez-vous un scalpel, une pince, un extracteur de pensée ?

Au-delà de ce sentiment de partage que vous éprouvez en lisant, n’est-ce pas le désir de connaissance qui nous motive ? L’envie de connaitre, de se connaitre, peu importe que l’on prenne du plaisir, que l’on en donne, que l’on souffre, on a besoin de savoir… Croyez-vous que le savoir soit en ces lignes, croyez-vous que le savoir soit dans les mots ?

Les mots sont de vils lutins qui se jouent de nous, ils gambadent dans notre esprit, se poursuivent, se bousculent, viennent et repartent, mais ils sont vides de sens, oui, ils se jouent de nous.

Le savoir n’est pas ici, ni ailleurs, il est au plus profond de vous, laissez-le s’échapper, donner lui la vie, enfantez-le, vivez plutôt que de rêver.