Un collègue disait: «depuis que j’ai perdu la honte, je suis un homme heureux!»
Propos forts justes à n'en pas douter, pour qui est capable de la perdre, cette fameuse honte!
Cette honte stupide qui nous empêche d'être nous-même, qui nous paralyse en public, qui nous paralyse dans l'intimité, qui nous freine dans nos élans les meilleurs...
La honte est un mur auprès duquel on vit! On croit qu'il nous protège de la risée;  il n'en est rien! Il nous rend ridicule, au contraire, pauvres êtres à l'ego démesuré que nous sommes, aveugles au monde qui nous entoure!
La honte est un mur dont la femme pourrait être la porte.... belle, sensuelle, amante, on ferait tout pour elle... par amour! Cet amour fou qui nous pousse à ne plus craindre la honte, des fois... mais des fois seulement, et c'est bien là que le bas blesse, car d'autres fois la honte l'emportera... Inconcevable, inacceptable, improbable victoire d'un sentiment égoïste sur un sentiment noble et généreux (bien que parfois tout aussi aveugle, je vous le concède): le triomphe de la honte sur l'amour! 
Alors, si l'on n'y prend garde, peu a peu l'amour s'éteindra et la honte grandira; quelques millimètres, quelques centimètres, quelques mètres de plus, et le mur deviendra cage...  Le mur étouffera tout vent de liberté, de créativité, de folie dérisoire, il cachera à tout jamais le soleil de la vie...
La porte que constituait la femme aimée n'est plus qu'un souvenir, un rêve, un tag dérisoire sur le mur de la honte...
Alors bien sur il existe d'autres portes...
Nos enfants sont des portes, autant de petits boulets de canon qui trouent le mur de la honte... Que ne ferait-on pas pour eux? 
Seulement voilà, une différence énorme apparaît: on le fait "pour eux" et non "pour nous"! Le ridicule ne nous effraie plus car nous ne sommes plus nous-mêmes, nous jouons un rôle, celui de parent... Alors, ainsi, nous franchirons le mur de la honte, mais nous ne le franchirons que poussés et tirés par nos enfants, et dès qu'ils seront partis le cinglant élastique de la honte nous ramènera de l'autre côté, où nous resterons prostrés, un peu "honteux"! Le trou réalisé par nos enfants dans le mur de la honte ne sera pas entièrement rebouché, il sera juste grillagé, barré, barbelisé... de manière à être bien sûrs que notre coeur ne le réemprunte pas un jour, par mégarde...
Il existe d'autres portes, moins nobles, plus désespérées, chimiques, telles l'alcool ou la drogue... mais ces portes ne sont qu'illusion, elles ne nous permettent pas de "passer le mur", elles nous permettent juste de ne plus le voir... Non car tels des passe-muraille nous l'avons franchi et avons trouvé la  liberté chérie, mais bien parce que tels des fossoyeurs nous avons creusé notre propre tombe à ses pieds, et qu'une fois le trou assez profond, même le mur de la honte n'est plus visible...
Et le temps va passer...
Le mur de la honte va s'éroder, se lézarder, quelques fleurs vont y pousser, mais au fur et à mesure qu'il se fragilise... nous nous fragilisons aussi! Nos ambitions s'étiolent, notre cœur se dessèche...
Alors au pied du mur nous prendrons un chien, miroir déformant de nos rêves passés, il nous donnera l'illusion de ne plus être seul...
Parfois une chatte passera près de nous, se frottera à l'angle du mur, l'escaladera en miaulant et en se tortillant, nous regardant en clignant des paupières, comme une invitation, comme pour nous rappeler que nous sommes encore hommes... Mais son doux regard nous glacera! Tel un poignard planté en plein coeur il nous rappellera à quel point nous avons été incapables, en d'autres temps, quand nous étions plus jeunes, plus beaux, plus forts... de suivre la minette par la porte entrouverte... Si nous en avons été incapables avant, en quoi en serions nous capables à présent?
Et peu a peu, inexorablement, le vent du ridicule et la peur du "on dit" finiront de nous dessécher au pied du mur de la honte... Finalement un souffle un peu plus fort qu'un autre, un incident geosysmique, abattra le mur de la honte qui nous écrasera sans pitié, incapable que nous avons été de l'abattre de notre vivant...
Ainsi je vous le dis, la honte est la pire des choses, le cancer de la confiance en soi, le ferment de la défaite! 
La honte est la pire des maladies... honteuses!